Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

Mondial 2013 Nacra 17 – La Hague

Besson & Riou : «Si je pouvais avoir des griffes !»

Fin juillet à La Hague, Billy Besson et Marie Riou ont décroché le premier titre mondial de Nacra 17, le nouveau catamaran olympique mixte – et affirmé le niveau des Français.
  • Publié le : 10/09/2013 - 00:18

Titre mondial 2013 en Nacra 17Billy Besson et Marie Riou ont décroché cet été le premier titre mondial de Nacra 17.Photo @ FFV / Franck Citeau

Tornado, F18, Classe C, Décision 35… Billy Besson (32 ans) est un spécialiste de longue date du catamaran. Marie Riou (32 ans), elle, est une récente convertie après une préparation olympique en 470 et une autre en match-race. Les deux se sont associés pour se lancer dans la campagne pour Rio, en Nacra 17, le nouveau catamaran olympique dont l’une des particularités est d’être mené par des équipages mixtes…
Fin juillet à La Hague, après une courte saison de découverte de ce monotype exigeant, ils ont décroché le premier titre mondial de la série et confirmé la qualité d’un collectif français des plus cotés.

 

v&v.com : Après ce titre mondial, quelle avance vous donnez-vous sur vos concurrents ?
Billy Besson :
Je n’aime pas dire qu’on est en avance. Pour moi, on est l’équipage qui a le moins navigué parmi les Français qui vont vraiment bien. Ils pourraient facilement être sur le podium, voire sur la première manche. Simplement nous, sur le mondial, on a vraiment fait une super régate.

v&v.com : Et par rapport aux équipages étrangers ?
B.B. : Les Suisses, les Anglais, les Hollandais ont mis la barre haute et beaucoup plus navigué que les Français… Mais ce mondial était particulier, avec notamment des équipages qui n’étaient pas du tout dedans. Les Hollandais sont passés à côté, alors qu’ils ont dominé le début de saison. C’est bizarre qu’ils ne soient pas sur le podium.

v&v.com : S’il y a une telle différence de quantité de nav’, c’est aussi que vous êtes sur d’autres projets…
B.B. : C’est vrai que si j’ai moins navigué en Nacra 17, c’est aussi que je suis sur le F18 et la Petite Coupe… Si l’on compte tout ça, j’ai probablement plus navigué que les autres, en fait. Et tant des côtés technique que tactique, les choses sont transposables.
M.R. : Moi, je suis aussi sur le Décision 35 de Lady Cat. Et pour le Nacra, j’ai essayé de trouver d’autres barreurs pour m’accompagner – ce qui n’est pas évident ! Je me suis donc entrainée avec Éric Péron et François Morvan, avec qui j’ai ensuite couru l’européen (et avec lequel Marie a terminé 3e, juste derrière les autres Français Moana Vaireaux et Manon Audinet, ndr).

v&v.com : Quel a alors été votre plus ?
Marie Riou : On avait une bonne vitesse tout au long du championnat et ça nous a bien aidés pour aller au bon endroit. C’est peut-être là-dessus que l’on a pris l’avantage.

v&v.com : Quelle météo avez-vous eue ?
M.R. : Plutôt du vent faible, entre 7 et 10 nœuds, avec un peu de mer, sachant qu’il y avait 2 à 2,5 nœuds de courant.

v&v.com : Comment cela s’est passé, à La Hague ?
M.R. : Le premier jour, on n’a pas couru. Puis à la première manche, petit craquage, on termine 21e… Donc, là, ça a été tout de suite compliqué ! Mais dès la manche suivante, on se rend compte qu’on va bien en vitesse et on gagne, ce qui nous a permis de gagner en sérénité. On s’est retrouvé dans un état d’esprit tranquille, bien.

MixitéBilly Besson est l'un des meilleurs spécialistes du catamaran de sport français, féru de Tornado et de F18. Marie Riou a couru plusieurs PO, en tant qu'équipière de 470, puis comme tacticienne en match-race.Photo @ Thom Touw / FFV

v&v.com : Ce plus que vous aviez en vitesse, est-ce qu’il vient d’une meilleure maîtrise du Nacra qui a d’abord été décrit comme difficile ?
M.R. : On a effectivement cherché du côté technologique pour que le bateau aille toujours vite. On a bien avancé là-dessus, mais c’est toujours en cours.

v&v.com : Cela passe aussi par un affinement des réglages, de la position de l’équipage…
M.R. :
Oui, et c’est aussi une question de quantité d’heures d’entrainement et de technique qui amènent à maîtriser le cata et éviter qu’il ne parte en vrille !

v&v.com : À la barre, comment sens-tu les choses ?
B.B. :
Ça va mieux ! L’évolution technologique a fait beaucoup et les heures de nav’ comptent beaucoup. J’insiste là-dessus, mais honnêtement, comparé à tous les catas sur lesquels j’ai navigué, le Nacra 17 est hyper instable… Si je pouvais avoir des griffes aux pieds pour tenir, je le ferais ! (Il rit.) Les foils courbes du Nacra 17 le rendent vraiment différent d’un cata conventionnel. Je l’imagine assez bien en Mobylette, parce qu’il est petit, mais en version boostée parce qu’il est vraiment rapide ! Ou en Solex ! (Ils rient.) Parce qu’il reste quand même vraiment casse-gueule et il est parfois difficile de trouver un échappatoire.

v&v.com : Vous parlez d’évolutions technologiques : est-ce que la classe envisage de faire évoluer la jauge ?
B.B. : Non, la jauge reste telle qu’elle est, mais elle laisse d’infimes marges de manœuvre sur lesquelles on s’efforce de jouer…
M.R. : … Infimes, mais qui changent tout !

v&v.com : Passée la Petite Coupe, vous changez de rythme de préparation ?
B.B. : On a d’abord un gros rendez-vous au mois d’octobre, la Semaine olympique française à La Rochelle. Toute la Fédération y sera et probablement tous les coureurs français, d’autant que c’est la dernière régate de la saison. Après, on met en place des entrainements hivernaux très intenses, plus que cette année… L’idée étant d’être vraiment au top en début de saison prochaine.

v&v.com : Vous restez basés sur l’ENV ?
M.R. : On veut aller plus au chaud ! On s’est trop caillé, cette année ! (Elle rit.)
B.B. : Ce n’est pas exactement une revendication… Mais pour travailler sur Quiberon depuis des années, je sais que si l’on veut naviguer le plus possible l’hiver, il faut être un peu plus au chaud, en Méditerranée ou plus au Sud. On sera donc quatre équipages : Moana Vaireaux et Manon Audinet, Audrey Ogereau et Matthieu Vandame, Franck Cammas et Sophie de Turckheim, et nous.

v&v.com : Billy, pour toi, le Nacra 17, c’est un retour à l’olympisme après des années de Tornado. Comment l’as-tu vécu ?
B.B. : Honnêtement, quand le Tornado a été écarté des Jeux, Arnaud Jarlegan et moi – qui naviguions ensemble, on a été coupés dans notre élan. L’année des Jeux de Pékin, on engrange un titre de vice-champions d’Europe et on était bien lancés pour la suite ! Hélas, tout s’est arrêté là… Aujourd’hui, le changement de support conduit à changer de philosophie et à reprendre un peu à zéro. Le fait que ce soit mixte, c’est nouveau et j’ai fait appel à Marie parce que c’est une personne avec laquelle je pense pouvoir m’entendre. 

v&v.com : Quand tu dis que tu repars à zéro…
B.B. : Je pense au travail que l’on peut faire. Je sais ce qu’on faisait avant et là, on en est encore loin.

v&v.com : Marie, toi, il y a un peu plus d’un an, tu montais sur le podium mondial de match-race, puis il y a eu les Jeux où tu finis 6e avec Claire Leroy et Élodie Bertrand… Le Nacra est un monde bien différent : comment s’est faite ta transition ?
M.R. : Au début, j’ai essayé le cata pour voir si ça me plaisait, sachant que j’avais envie de continuer dans l’olympisme… Et c’est vrai que le support est vraiment agréable, surtout quand on a un barreur qui maîtrise comme Billy ! Pouvoir faire confiance, c’est génial.

v&v.com : Et par rapport à ton expérience du 470 ?
M.R. : Ah ben, ce n’est pas pareil du tout. (Elle rit.) Hors mis le fait d’être au trapèze, il n’y a rien en commun. Le support est BEAUCOUP plus rapide et au niveau des prises de décision, cela fait une différence, surtout au portant. Le fait de réguler la GV au près, c’est nouveau pour moi… C’est aussi beaucoup plus physique ! Faut bosser, hein. (Elle rit.) Cela demande beaucoup d’équilibre au niveau des jambes, donc un gros travail de proprioception. Et au niveau des bras, il faut être en forme – mais cela reste à ma portée. À l’heure actuelle, je me sens encore parfois débordée ; je n’ai pas encore toutes les sensations et ne ressens pas parfaitement le bateau, donc il va encore falloir faire des heures de nav’ pour être tout à fait à l’aise.

v&v.com : Vous vous prenez encore beaucoup de boîtes ?
B.B. : Non, c’est rare. À moins que je fasse une bêtise… (Il rit.) Mais j’essaie d’être vigilent histoire de consolider la confiance de mon équipière et de préserver le matériel.

v&v.com : Le bateau est fragile ?
B.B. : Il peut casser facilement.

Vitesse et efficacitéAprès un début chaotique, Besson et Riou ont réalisé un sans faute sur le mondial et s'imposent, notamment grâce à une bonne vitesse quelles que soient les conditions... Les entraînements de l'équipe de France, conduits par Franck Citeau, ont porté leurs fruits ! Photo @ Laurens Morel / FFV

v&v.com : Vous avez récupéré les mâts en carbone ?
B.B. : Non, pas encore. On navigue toujours avec les versions alu, mais on espère les avoir pour la session hivernale.

v&v.com : Billy, tu évoquais la mixité tout à l’heure : dans un projet olympique, c’est un vrai défi ?
B.B. : Ça change en tout cas beaucoup de choses ! Côté ambiance de parking, avec un peu moins de testostérone ambiante, c’est beaucoup plus sympa. (Il rit.) Les gens sont plus cools, plus ouverts qu’avant.

v&v.com : Peut-être parce que c’est un nouveau support…
B.B. : C’est possible. Ou parce qu’il y a moins de possibilité de développement technologique personnel. Tout le monde a le même Nacra, là, donc il n’y a pas s’énerver.
M.R. : Les gens viennent facilement poser des questions sur quelques réglages ou un plan de pont. C’est assez sympa, en fait.

v&v.com : À bord, le fonctionnement est équilibré ?
B.B. : Pas du tout ! Moi, j’ai juste la barre et Marie, elle, a tout !
M.R. : Il ne fout rien ! (Ils rient.) Non, avant les manches, on établit notre projet stratégique ensemble. Au portant, je suis très prise par ce que j’ai à faire et ne vois pas grand chose, donc je le laisse faire. Au près, on a notre projet et on en discute au fur et à mesure, sachant que Billy a une plus grande expérience de la vitesse et des croisements. Pour l’instant, ça fonctionne bien comme ça.

v&v.com : Comment évolue la moyenne de poids des équipages ?
B.B. : Au mondial, tout le monde a été pesé et les données ont été affichées : les trois premiers sont à 140 kilos.
M.R. : Et pour les trois premiers, c’est un barreur et une équipière.

B.B. : Ça, c’était vraiment bizarre car jusqu’à présent, les podiums étaient plus équilibrés – mais c’est peut-être dû au fait que les Hollandais ont foiré leur régate.