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Yachting Festival

Cancans de Cannes

Le Cannes Yachting Festival s’est achevé hier dimanche à 18 heures par le traditionnel concert cacophonique des cornes de brumes des unités exposées. Un sacré boucan conclu par l’annonce des organisateurs donnant rendez-vous au public l’an prochain sur les deux sites cannois du vieux port et de Port Canto. Ce transfert des exposants vers l’autre extrémité de la croisette aura été le sujet de conversation le plus partagé – et de loin - cinq jours durant dans le petit monde de la voile.
  • Publié le : 17/09/2018 - 11:11

Cancans de CannesEn contrebas, le vieux port. A l’autre extrémité de la baie, le port Pierre-Canto, qui accueillera à flot les voiliers neufs l’an prochain.Photo @ Loïc Madeline
L’an prochain, l’ensemble des voiliers neufs sera exposé au port Pierre-Canto. L’annonce de Sylvie Ernoult, la commissaire générale du salon, aura pris tout le monde de court. Même si cette possibilité avait été plusieurs fois évoquée dans le passé, personne ne voulait y croire. Et certains n’y croient toujours pas. «D’ici là, ils ont le temps de changer d’avis», soufflait un exposant. «Tu crois que cela va vraiment se faire ?», me demandait un autre. Mais la plupart se projetaient déjà dans les difficultés que cette petite délocalisation pourrait entraîner. 

Et de craindre d’avoir moins de visiteurs, que ces derniers soient chahutés lors de leur transfert en navette, ou ne trouvent pas à se loger ou à se restaurer à proximité du salon. Les problèmes d’organisation seront réels, aussi, pour les fabricants ou les distributeurs de marques proposant du moteur et de la voile puisqu’ils devront scinder leurs équipes.

Face aux difficultés annoncées, un certain nombre d’exposants se sont réunis pour envisager une démarche commune auprès des organisateurs. D’après nos informations, lesdits organisateurs (Reed expositions) étaient d’ailleurs tout prêts à les recevoir. Mais les exposants préfèrent sans doute mettre noir sur blanc leurs inquiétudes et leurs demandes. Ils se seraient donc donné rendez-vous à l’occasion du Grand Pavois pour examiner le cas échéant ce que les organisateurs leur proposent ou leur promettent.

Divorce douloureux

Ce qui nous amène à une deuxième question : qui sera l’organisateur du prochain salon de Cannes ? On se souvient que la Fédération des Industries Nautiques, qui est propriétaire des salons de Paris et de Cannes, a souhaité reprendre en main leur réalisation. Ce qui est déjà effectif depuis l’an dernier pour Paris mais qui n’est toujours pas tranché pour Cannes. Et justement, la justice doit se pencher sur ce divorce douloureux au mois de novembre. On attend la publication du jugement en janvier. Cela ne changera sans doute pas le projet de déménagement de la partie voile du salon mais pourrait modifier la teneur des discussions.

Cancans de CannesLa voile vivait sans doute ses dernières heures dans le vieux port de Cannes. Au moins pour le temps du Yachting Festival de Cannes.Photo @ Loïc Madeline

Autre sujet de discussion : la reprise du chantier Bavaria. Une deadline était fixée au 14 septembre au soir pour le rachat de l’entreprise allemande dans sa totalité. Et finalement un deal était signé avec un fond de pension allemand géré par CMP (Capital Management Partners) pour un montant que les deux parties n’ont pas voulu dévoiler mais qui est estimé à moins de 20 millions d’euros. Il y avait au moins deux acteurs français candidats au rachat de la branche catamaran du chantier, dont l’ex-Nautitech, basé à Rochefort. Mais finalement, la seule branche séduisante du groupe allemand ne tombera pas dans l’escarcelle de Bénéteau, ni dans celle du groupe Grand Large.

Reste que l’avenir de Bavaria, dont les rachats successifs par différents fonds de pension l’ont fait tomber de Charybde en Scylla, ressemble à un énorme point d’interrogation. Il ne sera pas aisé de faire repartir une machine industrielle aujourd’hui à l’arrêt. D’autant que nombre de distributeurs de la marque ont pu logiquement être tenté d’assurer leur survie en changeant d’équipe. Il faudra sans doute attendre le salon de Düsseldorf pour se faire une idée des ambitions et des chances de succès des nouveaux propriétaires. Mais tous les observateurs rencontrés à Cannes s’accordaient pour dire que la partie serait particulièrement difficile.

Ça calme !

Cela étant, il ne faut jurer de rien. Le Britannique Oyster, malgré un spectaculaire dépôt de bilan en début d’année, était bien présent Cannes avec deux bateaux. Mais la reprise du chantier anglais n’était intervenue que quelques semaines après le dépôt de bilan.

Cancans de CannesLe superbe Baltic 67, un joujou extra pour faire sauter la banque. Compter 3,9 millions d’euros pour la version de base (hors taxes, bien sûr !).Photo @ Loïc Madeline

Bon, mais il n’y avait pas que des inquiétudes économiques qui planaient sur Cannes. Le secteur du catamaran se porte toujours aussi bien et les nouveautés ne manquent pas dans ce domaine. Cannes est sans doute le premier salon international en nombre de multicoques exposés.

Côté monocoques, on reste toujours impressionné par le nombre de grands et de beaux bateaux. Les Italiens sont toujours très présents sur le créneau du bateau très très chic, au look sportif. Solaris et Grand Soleil sont là en force mais il faut y ajouter  entre autres  Ice, Mylius ou Eleva. Toujours très très chics mais surtout très très chers, les Finlandais Nautor et Baltic ont chacun présenté des bateaux de série (Swan 78 et Baltic 67) qui rivalisaient d’élégance et dont les prix défient l’imagination : 4 millions d’euros hors taxes pour le Baltic. Ça calme ! Même avec l’arrivée des nouveaux First 18 et First 24, le panier moyen d’un acheteur à Cannes reste abracadabrantesque.

 

 

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