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Golden Globe Race

Un mois après : à la fortune du pot (au noir)

Ils ont quitté les Sables-d’Olonne, voici un mois déjà. A mi-distance, plus ou moins, du cap de Bonne-Espérance, les concurrents de la Golden Globe prennent leur mal en patience. Revue de détail, abandons, pépins et autres petits riens en attendant le grand Sud. Ils étaient 18 au départ, ils ne sont plus que 13 dans la course. Combien en restera-t-il à l’arrivée ? Il est encore trop tôt pour le dire mais les marins de la Golden Globe Race ne sont pas aux bout de leurs peines et, à en juger par les défaillances en série des régulateurs d’allure, il pourrait y avoir encore pas mal d’arrêt au stand avant de boucler la grande boucle.
  • Publié le : 03/08/2018 - 11:00

1 mois après : à la fortune du pot (au noir)Quelques instants avant le départ : tout doit rentrer à bord !Photo @ Yves Aumont
A quelque 3 000 milles du cap de Bonne-Espérance qui en cette saison a aussi mauvaise réputation que le Horn, les rangs se sont en effet éclaircis : six jours après son départ, le skipper anglais Ertan Beskardes jette l’éponge à la pointe de l’Espagne. Impossible pour lui de continuer en solitaire sans parler régulièrement à sa famille. Quoi de plus normal, en somme !

Le 16 juillet, Kevin Farebrother, le montagnard australien vainqueur trois fois de l’Everest craque à son tour : impossible de dormir à cause de son régulateur d’allure qui fait des siennes, donc de mener à bout une aventure qui «n’était pas faite pour moi».

Deux jours plus tard, le 18 juillet, le Palestinien Nabil Amra fait de même. Après avoir cassé son pilote, il rebrousse chemin vers Ténériffe, malade, avec «le vent et les vagues dans les dents». La série pourrait ainsi continuer.

A chacun sa classe

Même en queue de peloton, l’affaire se complique un peu en vertu de petits arrangements avec les règles de course que tout un chacun ignorait jusqu’à maintenant.

Pas vraiment préparé à prendre le large quand il est arrivé à la bourre aux Sables-d’Olonne, l’Italien Francesco Cappelletti a regardé ses petits camarades prendre le départ le 1er juillet dernier. Toujours pas prêt le 5 juillet, date ultime fixée par les organisateurs pour prendre un départ officiel même tardif, le skipper italien annonce qu’il se retire de la course avant de quitter finalement les Sables le 23 juillet, en catégorie «Carozzo».

«Carozzo», késako ? C’est le nom du skipper italien qui participait à la première édition du Golden Globe en 1968. Lui aussi n’était pas tout à fait prêt à l’époque.  Et, malade, il avait à l’époque fait son premier stop à Porto. 

A chacun sa catégorie ! Antoine Cousot, lui, court désormais dans la section «Chichester». Une section créé en hommage à Sir Francis Chichester qui, en 1967, un an avant le premier tour du monde en solitaire sans escale avait effectué le grand tour sur Gipsy Moth IV en s’arrêtant une fois, une seule, à Sydney.

1 mois après : à la fortune du pot (au noir)Quelques instants après le départ : tout n"est pas rentré à bord !Photo @ Yves Aumont
Antoine Cousot, lui aussi, a rencontré des problèmes de régulateur d’allure mais la raison pour laquelle il a fait un stop à Lanzarote, dans les Canaries, ressemble plus à un coup de blues : «J’avais besoin de faire une pause pour soulager la pression … C’était bien de prendre un hamburger et une bière.»

A vrai dire, Cousot aurait pu réparer sans faire un stop au port. C’est ce qu’a fait quelques jours plus tard l’Américain Istvan Kopar, qui est allé mouiller dans la baie de Mindelo, au Cap-Vert. Un temps on l’a cru rétrogradé en classe Chichester mais comme il n’a pas mis le pied à terre et qu’il a réussi à réparer sans assistance, il est toujours dans la course. Avec tout de même une pénalité de 24 heures.

Pendant ce temps, en tête de course, trois Rustler 36 taillent la route. Après avoir passé les pointillés de l’équateur, Philippe Péché gambade à 4,8 nœuds de moyenne, talonné par VDH, tandis que Mark Slats, le Néerlandais, a pris une option très Ouest. Direction le Brésil !

Le reste de la flotte suit, mais à des vitesses pas vraiment affolantes ; entre 3,5 et 4,3 noeuds de moyenne depuis Les Sables-d’Olonne. Et chacun à son bord mène sa petite vie. On bricole, on fait un peu de couture pour soigner les voiles de la garde-robe, on contemple la Croix du Sud, on mange, on dort. On observe les poissons, les vagues ou les oiseaux de passage.

Bonnes vacances aux aoûtiens !

Antoine Cousot, depuis qu’il a repris la route, écoute du Dire Straits. Gregor McGuckin, l’Irlandais, est tombé en admiration devant l’éclipse de lune du 27 juillet. Mark Sinclair, l’Australien, est bien content d’avoir recueilli 45 litres d’eau douce sous les ondées. Abhilash Tomy, l’Indien, est ravi d’avoir retrouvé trois citrons dans ses fonds pour se faire des mugs de citronnade et rêve de Cochin quand il passe à la même latitude. Et la jeune Anglaise, Susie Goodall ? Elle a fêté son 29e anniversaire en mer.

1 mois après : à la fortune du pot (au noir)Pour Istvan Kovar comme pour les autres concurrents, les adieux furent souvent émouvants.Photo @ Yves Aumont
Bref, la petite famille va bien et donne régulièrement de ses nouvelles à l’organisation. Parfois de manière laconique, tel l’Estonien Uku Randmaa qui signale juste «One and all is OK and safe». Parfois de manière épisodique aussi, tel Loïc Lepage, le 3e Français de l’aventure qui semble avoir eu des problèmes de radio mais qui continue son petit bonhomme de chemin à la 11e place sur son Nicholson 32, le plus petit bateau de la flotte.

Quant à VDH, il vient de passer pour la 15e fois de sa vie l’équateur en solo et il est toujours en pleine forme, si l'on en juge par ses petits mots doux. Tandis que son Matmut continue à glisser doucement vers le Sud et que les alizés commencent à se faire sentir, il souhaite «Bonnes vacances aux aoûtiens», tout en précisant qu’«ici, il y a moins de circulation». On veut bien le croire !

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