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Route du Rhum

Banque Populaire IX admis aux urgences chez Multiplast

Un mois et demi après son chavirage au large du Maroc, Banque Populaire IX poursuit sa cure de soins intensifs aux chantiers Multiplast de Vannes pour y subir un refit de sécurité. Par bonheur, ou presque, le trimaran géant à foils d’Armel Le Cléac'h n’ayant subi en fait que des petits bobos après le crash du 14 avril dernier, sa participation à la prochaine Route du Rhum ne semble pas compromise. Responsable du bureau d’études du Team Banque Populaire, Gautier Levisse fait le point sur ce gros chantier.
  • Publié le : 02/06/2018 - 15:30

Banque Populaire IX / 1Armel Le Cléac'h au chevet de son Banque Populaire au chantier Multiplast de Vannes.Photo @ Nicolas Fichot
Voilesetvoiliers.com : Comment va Banque Populaire IX ?
Gautier Levisse : Ça aurait pu être pire mais, dans notre malheur, des lueurs d’espoir se sont finalement allumées les unes après les autres. Les gros dégâts sont concentrés sur la partie arrière gauche du trimaran et la casquette du cockpit qui a été arrachée. Le chavirage avait brisé en plusieurs morceaux le mât et la bôme qui sont allés cogner sur ces infrastructures une fois le bateau retourné. La première mission des plongeurs arrivés sur place a été de maîtriser ces espars sous l’eau avant d’entamer le remorquage vers Casablanca, où il a été retourné.

Voilesetvoiliers.com : Vos premiers diagnostics à Casablanca ont été les bons ?
G. L. : Dès l’arrivée chez Multiplast après son transport par cargo jusqu’à Lorient, Banque Populaire a été remis dans ses lignes de construction comme à son chantier d’origine et l’ensemble de ses points de mesure ont été relevés à la lunette de géomètre, un peu comme on passe une voiture au marbre après un accident. Résultat : rien n’avait bougé dans les structures et dans ses lignes. Il ne restait plus qu’à nous attaquer aux dégâts sur la coque. Par bonheur aussi, les foils n’ont pas été touchés par le mât. Sinon, pour les refaire, il aurait fallu compter 13 semaines de travaux. Les autres appendices, dérives ou safrans, n’ont rien pris. Heureusement aussi.

Banque Pop 2Premières feuilles de maladie pour banque Populaire à son arrivée au chantier.Photo @ Nicolas Fichot
Voilesetvoiliers. com: Quels sont les gros dégâts, alors ?
G. L. : Sur le pont, la casquette a été arrachée en plusieurs endroits. Nous l’avons découpée et nous la refaisons sur place. Nous n’avons pas conservé le moule et comme nous avions travaillé à l’époque de la construction avec un moule femelle en bois – ce qui nous autorisait une cuisson unique –, nous sommes en train de refaire ce moule ici. Il sera terminé le 2 ou 3 juin et nous nous attaquerons aussitôt au composite de la casquette. Nous en profiterons pour repenser légèrement l’ergonomie du cockpit. Le rail d’écoute de grand-voile a beaucoup souffert aussi. En fait, il a servi de martyr, c’est lui qui a tout pris ou presque. La corrosion pendant le retournement puis le remorquage n’a pas arrangé les choses. A refaire !

Voilesetvoiliers.com: Le timing des réparations est établi ?
G. L. : Nous devrions rester chez Multiplast jusqu’à la mi-juillet puis nous ramènerons Banque Populaire à notre base de Lorient où débutera son rééquipement général qui devrait durer un mois. Mais il faudra attendre la livraison du nouveau mât et de la bôme par le chantier Lorima, à Lorient, pour reprendre les essais en mer. Probablement pas avant la fin août. Voire début septembre.

Banque Pop 3Au moindre doute, c'est la structure en nid d'abeilles qui a été enlevée.Photo @ Nicolas Fichot

Voilesetvoiliers.com: un rééquipement général ?
G. L. : Il va falloir changer toute l’électronique, même si elle n’a pas trop souffert à première vue. L’humidité peut provoquer des dégâts invisibles mais terribles après coup et dans le contexte de ce projet au long cours, il n’est pas question de prendre le moindre risque avec des pannes mystérieuses qui surviendraient bien plus tard de manière aléatoire. Même chose pour l’hydraulique. La tuyauterie n’a pas bougé, à l’œil nu, mais beaucoup de tuyaux ont dû subir des étirements qui risqueraient de changer à terme leurs caractéristiques mécaniques. Là encore, pas question de prendre des risques : on change ! Il faudra aussi remplacer les filets, qui ont beaucoup souffert.

Voilesetvoiliers.com : Et les autres travaux, chez Multiplast ?
G. L. : Nous avons fini de vérifier aux ultrasons la totalité de la coque. Le but était de rechercher partout une présence anormale d’air entre la peau extérieure en carbone et le nid d’abeille, donc un décollement dangereux du carbone. Dès que nous en avons repéré, nous avons poncé pour accéder au nid d’abeille en lui-même et le changer, éventuellement. En fonction de la zone, ce nid a une épaisseur de 20 à 35 millimètres. L’essentiel des zones impactées, au final, se trouve sur une dizaine de mètres carrés, principalement sur l’arrière gauche. C’est sur cette zone que vont travailler près de 25 personnes dès maintenant. Il faudra donc bien s’organiser pour ne pas se gêner. Ensuite, il faudra remettre une peau de carbone par-dessus le nid en faisant des scarfs avec recouvrements de  plis pour que les efforts futurs transitent parfaitement dans les fibres en se répartissant les charges.

Banque Pop 4Gautier Levisse inspecte les restes du siège de barre d'Armel.Photo @ Nicolas Fichot
Voilesetvoiliers.com : Et ce sera fini ?
G. L. : Bien sûr, il faudra refaire quelques retouches. Et de la peinture, évidemment, mais en quittant Vannes le bateau aura retrouvé son ossature et son âme d’origine. Les gars de chez VPLP et nous autres, du bureau d'études du team, n’auront plus qu’à mettre un coup de tampon pour valider cette première phase afin que l’expert maritime des assurances puisse donner son quitus. A charge pour nous, ensuite, d’essayer d’oublier ce très mauvais souvenir.