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BREST OCÉANS

Emmanuel Bachellerie : «Interdire le routage, c’est aller au carton !»

Le départ de la première édition de la Brest Oceans sera donné le 29 décembre 2019 de la métropole bretonne. Entretien sans concession avec son directeur, Emmanuel Bachellerie.
  • Publié le : 19/09/2018 - 11:23

Emmanuel Bachellerie : « interdire le routage, c’est aller au carton ! »Patron de la future Brest Oceans en classe Ultim, Emmanuel Bachellerie signe son entrée dans la cour des grands de la course au large.Photo @ DR / Brest Océans

Voilesetvoiliers.com : Vous êtes le directeur général de Brest Ultim Sailing qui va organiser le tour du monde Brest Océans dans quinze mois. Pouvez-nous rappeler brièvement votre parcours ?

Emmanuel Bachellerie : A l'âge de 25 ans, j'ai créé une agence de communication spécialisée dans les relations medias, avec un peu de web au moment où ce nouveau média débutait vraiment. J'ai revendu mon agence 14 ans plus tard et j'ai travaillé pas mal de temps dans une autre agence en tant que directeur conseil. Je me suis notamment occupé, en 2006 et 2007, de la Multi Cup puis du Team Gitana.

Quand le collectif Ultim a vu le jour en 2013, il se cherchait un coordinateur…  et c’est comme ça que je me suis retrouvé là bien plus tard, après avoir été leur conseil, pour élaborer le programme puis diriger la Brest Oceans et tout ce qui va avec dans le cadre d’une SAS (société par actions simplifiées) avec une majorité de capitaux privés détenue par les armateurs et la classe. Une minorité de capitaux étant détenue, elle, par des collectivités publiques. Comme dit Patricia Brochard, à la tête de Sodebo, c’est un « pari fou fait par des gens raisonnables ».

Voilesetvoiliers.com : Vous êtes «voileux» ?

E. B. : Non. Je ne me considère pas vraiment comme un voileux, bien que je pratique la planche à voile, le funboard et le dériveur depuis que j’ai huit ans (il en a bientôt 46, ndlr). J’ai fait aussi beaucoup de Hobie Cat 16 et pas mal de First 210, pour être précis. Mais depuis tout petit, je suis sensible à ce qui va vite… et l’un de mes rêves a toujours été de voler. Ce qui me lie à la voile, c’est la glisse et la nature. Même si je fais aussi beaucoup de montagne, je suis passionné par la mer depuis toujours.

Voilesetvoiliers.com : Jacques Caraës sera le directeur de cette course. Il est déjà à la tête du Vendée Globe et de la Route du Rhum. C’est un choix de raison ou par défaut ?

E. B. : je vais être transparent. Nous avions lancé un appel d’offre à l’intention des huit directeurs de course en catégorie A affiliés à la FFVoile, plus ASO et OC Sport. On a reçu trois très bons dossiers avec des gens qui ont largement fait leurs preuves : ceux de Gilles Chiori, de Christophe Gaumont et de Jacques Caraës. À l’épluchage, le choix, je l’avoue, a été difficile. Jacques Caraës l’a emporté pour une raison toute simple : il a lui-même disputé quatre tours du monde en course, dont trois en multicoque. Il possède donc une expertise et une expérience qui font qu’il sait ce que c’est d’avoir des problèmes plus ou moins sérieux dans le Sud… La bascule s’est faite là-dessus.

Quelqu'un de top !

Voilesetvoiliers.com : L’équipe organisatrice est formée et à pied d’œuvre ?

E. B. : Oui, en bonne partie. Brest Ultim Sailing n’est pas à proprement parler un organisateur d’événements comme le sont ASO ou OC Sport. Nous sommes assez proches de la SAEM Vendée Globe, qui choisit des opérateurs spécifiques. Aujourd’hui, je m’appuie sur ce que j’appelle le «poumon» que constituent Jacques Caraës et son équipe. Tiphaine Champon notamment,  ex-bras droit de François Gabart durant cinq ans, nous a rejoints comme coordinatrice générale de l’événement. C’est quelqu’un de top ! Enfin, Manfred Ramspacher, qui a été aux manettes du Tour de France à la Voile, de la Transat Jacques Vabre, de la Normandy Channel Race et des étapes françaises de GC32,  est venu renforcer notre équipe. Je suis très content de pouvoir compter sur lui et sur sa grande compétence. Tous trois sont des gens de valeur. C’est une super «palette».

Emmanuel Bachellerie : «interdire le routage, c’est aller au carton !»Emmanuel Bachellerie a «du mal à imaginer» que Sodebo, notamment, ne s'inscrive pas dans la prochaine Brest Océans.Photo @ Jean-Marie Liot
Voilesetvoiliers.com : On peut avoir une idée du budget d’une telle course ou c’est «secret défense» ?

E. B : Ce n’est pas du tout un secret ! Le budget s’élève à cinq millions d’euros.

Voilesetvoiliers.com : Pour participer, les concurrents doivent être adhérents de la classe Ultim 32/23. Combien de bateaux sont déjà inscrits ?

E. B. : Les inscriptions seront officiellement ouvertes à compter du 8 décembre prochain mais j’aurais du mal à imaginer que les quatre bateaux adhérents à la classe, à savoir Sodebo, Macif, Banque Populaire et Actual, ne participent pas à cette course.

Voilesetvoiliers.com : Et potentiellement, combien pourraient compléter le plateau ?

E. B. : Outre ces quatre concurrents, il y a trois autres bateaux qui pourraient intégrer la jauge… plus celui du regretté chinois, Guo Chuan (disparu au large de Hawaï, ndlr)… même si c’est compliqué de savoir aujourd’hui si ce bateau sera vendu ou pas. J’espère de tout cœur qu’Edmond de Rothschild (Sébastien Josse) et IDEC Sport (Francis Joyon) seront au départ. Plus le trimaran acquis par Romain Pilliard (ex-Castorama d’Ellen MacArthur). Mais la décision ne m’appartient pas…

La sécurité des marins prévaudra

Voilesetvoiliers.com : Est-ce que le parcours est déjà figé, avec des portes de glace ?

E. B. : Les détails sont encore en gestation, mais ce sera un tour du monde «classique» : Brest-Brest d’Ouest en Est par les trois grands caps : Bonne-Esperance, Leuwin et Horn. Le fait d’avoir des portes de glace est acté. La sécurité des marins prévaudra sur tout le reste !

Voilesetvoiliers.com : Les concurrents seront-ils routés ?

E.B. : Évidemment… et c’est dans les règles de la classe quand on navigue en solo. La priorité absolue reste le sport et la sécurité. Interdire le routage sur ces engins, c’est aller au carton !

Emmanuel Bachellerie : « interdire le routage, c’est aller au carton ! »Banque Populaire IX fera très certainement partie des grands favoris de ce prochain défi en Ultim autour du globe.Photo @ Philippe Joubin

Voilesetvoiliers.com : On connaît le formidable succès du Vendée Globe qui va à nouveau faire le plein avec sa 9e édition en novembre 2020. Il n’y a pas un risque de «banaliser» un peu la magie des tours du monde en solitaire en multipliant les événements ?

E. B. : La question n’est pas illégitime mais je vais être très clair : je ne le crois pas du tout. Je pense même tout le contraire ! Primo : la course offshore a un avenir magnifique devant elle. Secundo : plus on aura d’épreuves simples à comprendre, qui partent en solitaire d’un point pour revenir au même point, plus on intéressera le grand public avec des bateaux encore plus extrêmes. Donc, le Vendée Globe et Brest Oceans sont des épreuves qui pourront tirer tout le reste vers le haut. Tertio: au départ de Brest Oceans, il y aura les deux derniers vainqueurs du Vendée Globe (François Gabart et Armel Le Cléac’h, ndlr), donc la complémentarité me paraît évidente.

Dernière chose : Il y aura toujours des skippers qui voudront faire le Vendée Globe sans se poser la question de savoir s’ils feront un jour la Brest Océans, comme d’autres qui espèrent un jour faire ensuite le tour du monde en solo sur un multicoque qui vole… Je pense à Charlie Dalin, Alex Thomson, Sébastien Simon, Jérémie Beyou, Charles Caudrelier ou à d’autres.