Actualité à la Hune

Jambou vainqueur surprise aux Açores

Olivier Avram : «C’est la magie de la classe Mini !»

Vainqueur surprise, mardi 31 juillet, de la première étape de la 7e édition de la course Les Sables-Les Açores-Les Sables (disputée en Mini et en solitaire), François Jambou s’est offert le luxe de franchir la ligne aux Açores avec plus de 28 heures d’avance sur ses poursuivants après 9 jours, 1 heure, 31 minutes et 30 secondes de mer. Un exploit réalisé malgré (grâce à ?) une série de pannes d'électronique qui ont notamment empêché le skipper de connaître la position de ses concurrents avant de l’emporter avec une marge écrasante «à la Tabarly» puisqu’il en fut lui-même le premier étonné. Une victoire qu'Olivier Avram, ancien président de la classe Mini et trois fois concurrent de la Mini-Transat (1989, 2005 et 2009), commente pour nous avec gourmandise.
  • Publié le : 02/08/2018 - 12:07

Olivier Avram : «C’est la magie de la classe Mini !»François Jambou s'est offert une victoire «à la Tabarly» pour la première étape de la course Les Sables-Les Açores-Les Sables.Photo @ Christophe Breschi
En franchissant la ligne d’arrivée aux Açores avec plus de 28 heures d’avance sur ses premiers poursuivants, François Jambou a été épatant. Mais le plus épatant, c’est cette façon d’arriver sur la ligne en ignorant qu’on est premier. Avec une telle avance ! Difficile de ne pas repenser à Tabarly, à l’Ostar, en juin 1964, qui arrive à Newport dans le brouillard et qui demande aux gardiens du bateau-feu de Nantucket quelle est sa position. Ils lui répondent «First !» mais il met du temps à les croire. On peut difficilement suspecter Eric Tabarly de jouer la comédie.

Même sur neuf jours de course, cette avance de plus de 24 heures de François peut quand même s’expliquer quand on regarde sa trace. Très tôt, à peine en Espagne, il a pris une option Nord en choisissant la route orthodromique. Du coup, il a pu toucher du vent avant les autres et il en a profité jusqu’au bout. Au départ des Sables, les prévisionnistes avaient bien tablé sur un manque de vent et sur une durée de course de 9 ou 10 jours, au lieu des 6 jours du record. Du coup, François est allé chercher des fronts au Nord le plus tôt possible. C’était risqué mais c’était la bonne option.

«Et encore, quand elle marche !»

C’est la magie de la classe Mini de permettre de telles arrivées surprises, à l’ancienne, qui mettent de l’humain dans les courses. Cette magie est liée en partie aux contraintes de la classe. Il n’y a pas de communications longue distance à bord. Juste des VHF pour que les concurrents se parlent entre eux quand ils naviguent de visu ou bien avec les organisateurs aux arrivées et en cas d’intervention en route.

Olivier Avram : «C’est la magie de la classe Mini !»9 jours, 1 heure, 31 minutes, et 30 secondes après son départ des Sables, François Jambou triomphe aux Açores.Photo @ Christophe Breschi
Sinon, ils ont juste une BLU pour avoir des infos de la terre. Et encore, quand elle marche ! Et si elle marche, ça leur donne juste les messages de la direction de course avec un point météo. En fin de message, le directeur donne les classements, c’est tout. Les traceurs sont interdits, eux aussi. Les concurrents ont un GPS et inscrivent leur position sur une bonne carte marine. A l’ancienne !

Du coup, comme il était en tête, François s’est battu contre lui-même. Il est allé au bout de lui-même, il a gagné. Il est allé aussi au bout de son bateau, qui est super. C’est l’ancien Scow dessiné par David Raison et skippé par Ian Lipinski qui avait fait une razzia de podiums. Et François suit cette trace. Un super bateau qui va très vite dès qu’on «ouvre» un peu, même de 10°. A 90° du vent, ce scow fait des merveilles.

Olivier Avram : «C’est la magie de la classe Mini !»Ancien président de la Classe Mini, Olivier Avram peut parler : il a participé à trois Mini-Transat (1989, 2005 et 2009).Photo @ Hervé Hillard

Mais comme les autres concurrents, en arrivant aux Açores, Francois a admis que ça n’avait pas été une «promenade». Ce n’est rien de le dire. Ils sont tous logés à la même enseigne : ça tape, c’est dur. Et pas question de s’épancher à la radio en cas de coup de mou. C’est le revers de la médaille de la Mini, et c’est aussi ce qui donne encore de la magie. Les Sables-Les Açores sont une mise en jambe parfaite avant la transat, pour apprendre aux coureurs à naviguer au large. Sinon, ils n’ont sous la main que des «petites» courses dans le circuit. Là, on entre dans le «dur» de la préparation à la transat. François a rempli sa mission. Et en plus «à l’ancienne», avec un peu du panache d’Eric.