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VENDÉE GLOBE

Sébastien Simon : « Le Vendée Globe est un rêve ! »

Dans la salle de direction de Paprec trône une immense photo de l’Imoca Paprec-Virbac en train de surfer. Il faut dire que l’entreprise de recyclage n’est pas novice dans la voile puisqu’elle a accompagné Jean-Pierre Dick durant quinze ans. Elle arme notamment un TP 52 et un J/80. Son directeur général, Sébastien Petithuguenin, a découvert la régate adolescent en lisant Voiles et Voiliers, et régate assidûment en amateur averti. Il va même disputer La Solitaire Urgo-Le Figaro cette année pour ses 40 ans. Avec Arkéa, qui – via le Crédit Mutuel de Bretagne – accompagne Sébastien Simon depuis ses débuts sur le circuit professionnel, la complicité est de mise et le mariage semble heureux. Dans sa chemise blanche, Sébastien Simon, qui a manifestement tapé dans l’œil de Sébastien Petithuguenin et de Jean-Pierre Denis, président du Crédit Mutuel Arkéa, est un garçon bien élevé qui n’oublie pas dès sa première intervention de remercier ses sponsors pour ce «véritable cadeau de Noël». Il fait aussi preuve d’une étonnante maturité et s’exprime avec pertinence. Malgré les intempéries, Vincent Riou, directeur technique du projet, Juan Kouyoumdjian architecte du bateau, Denis Glehen, de Gsea Design en charge des calculs de structure, ou encore Christian Le Pape, le boss du Pôle Finistère Course au Large, et Laura Le Goff, directrice de la SAEM, qui organise le Vendée Globe sont tous venus aux côtés de Sébastien Simon. Cela montre combien le jeune navigateur issu des Sables-d’Olonne est non seulement apprécié mais a clairement une capacité à fédérer du beau monde et des énergies. C’est amusant. Il n’est pas sans rappeler un certain François Gabart il y a quelques années. Mais que ce soit le montant du budget total, les précisions sur le design du bateau lancé début 2019, on n’a malheureusement pas appris grand-chose, tous maniant avec un certain brio la langue de bois… Rencontre avec le skipper.
  • Publié le : 06/02/2018 - 17:42

Conf de presse présentation SimonSébastien Petithuguenin, Sébastien Simon, Vincent Riou et Jean-Pierre Denis lors de l’annonce du lancement du projet Vendée Globe 2020.Photo @ DR

Voilesetvoiliers.com : Le Vendée Globe, c’est un rêve de gosse ?
Sébastien Simon :
On peut dire ça. En fait, cela me semblait assez inaccessible et donc inimaginable. Quand j’ai commencé à faire du Figaro en remportant le Challenge Espoir Bretagne CMB en 2013, puis accroché de bonnes places (2e bizuth du championnat de France de Course au Large en 2014, vainqueur d’une étape du Figaro en 2015, 4e du Figaro en 2017 avec deux podiums et 3e du championnat de France de Course au Large 2017, ndlr), je me suis dit pourquoi pas ! C’est aussi une affaire de rencontres. Cela restait de l’ordre de l’imaginaire, mais j’ai mis tout en œuvre afin d’essayer de monter tout ça en restant dans le cadre d’un projet sportif. J’avoue que c’est extraordinaire et que j’ai beaucoup de chance.

Voilesetvoiliers.com : Tu dis que, lorsque tu es arrivé au Pôle Finistère Course au Large, tu es allé très rapidement rencontrer Vincent Riou…
S.S. :
En fait, son hangar était en juste face du ponton. Je suis allé me présenter et j’ai commencé à discuter avec lui. Le courant passait bien. Je me suis rendu compte que nous avions beaucoup de passions communes, comme l’architecture navale et la construction. Et à son contact, j’ai appris déjà plein de choses.

Voilesetvoiliers.com : Tu es ingénieur de formation ?
S.S. :
En structures et composites à l’ENSCPB de Bordeaux, même si ça reste très tourné vers l’aéronautique.

Sébastien SimonSébastien Simon à l’arrivée de la Solitaire Urgo Le Figaro 2017, deuxième de la première étape. Photo @ A. Courcoux

Voilesetvoiliers.com : Tu as travaillé chez Yves Parlier ?
S.S. :
Oui, j’avais un contrat de trois ans, mais j’ai démissionné au bout de deux ans pour me consacrer au Challenge Bretagne-CMB en Figaro que j’ai gagné.

Voilesetvoiliers.com : Ça semble te rassurer d’avoir Vincent Riou comme directeur technique. Tu n’as pas envisagé de gérer ce projet seul ?
S.S. :
Aujourd’hui, sur un tel projet, c’est impossible d’y aller tout seul. Je bénéficie de toute la structure de Vincent. C’est lui qui va gérer le projet, l’équipe, la conception du bateau, le suivi de chantier chez CDK. Moi, j’ai ma propre structure en tant que skipper car je ne peux être salarié de Vincent. Mais nous sommes d’égal à égal. Je ne veux pas être simplement «pilote» car j’ai tellement à apprendre. Et comme Vincent avait envie de transmettre son énorme expérience pour me faire gagner du temps, c’est tout bénéfice, du moins je l’espère !

Voilesetvoiliers.com : As-tu déjà navigué en IMOCA ?
S.S. :
Oui avec Vincent avant le dernier Vendée Globe. J’ai juste trouvé ça extraordinaire ! Ce sont des bateaux fabuleux. C’est vite addictif !

Sébastien SimonEn attendant la construction d’Arkéa Paprec, Sébastien Simon va disputer la saison 2018 en Figaro. Photo @ Jean-Marie Liot

Voilesetvoiliers.com : Mais la violence des derniers IMOCA, notamment lors des impacts dans la mer, ne te fait pas peur ?
S.S. :
Non, mais je suis conscient des risques. Cela reste un sport dangereux, et il ne faut pas se laisser déborder par la machine. Je fais beaucoup de sport, car d’abord j’adore ça et puis pour me préparer physiquement. La voile et la course au large ont vraiment progressé. À l’époque, les marins avaient un esprit d’aventure hors norme et faisaient des choses incroyables. Aujourd’hui, l’esprit d’aventure demeure mais il y a un défi sportif derrière. Et c’est là aussi que d’un point de vue architectural, il va falloir peut-être mettre un frein, pour fiabiliser le bateau, pour la sécurité du marin. C’est une histoire de compromis. Car avoir un engin hyper puissant et performant, si tu n’es pas capable de le mener à 100 %, ça ne sert à rien. C’est tout l’enjeu aujourd’hui.

Voilesetvoiliers.com : c’est toi qui as eu l’idée de solliciter Juan Kouyoumdjian, l’architecte franco-argentin ?
S.S. :
J’ai rencontré trois architectes : Guillaume Verdier, le cabinet VPLP et Juan Kouyoumdjian. Ce dernier connaît bien également Vincent et a travaillé avec lui sur la possibilité d’installer des foils sur PRB lors du dernier Vendée Globe, outre les safrans (les bords de fuite sont extrapolés d’après les nageoires de baleine, ndlr), mais c’est moi qui ai décidé de travailler avec lui, en m’appuyant sur l’expérience de Vincent. J’ai eu un très bon feeling avec Juan, un type aussi brillant qu’attachant. J’ai senti qu’il était hyper motivé et avait envie de s’investir personnellement dans ce défi, l’IMOCA étant quasiment le dernier «laboratoire» où les architectes peuvent phosphorer avec une certaine liberté. Il est tatillon dans tous les détails, la jauge… J’ai l’impression qu’il ne veut rien laisser passer.

Voilesetvoiliers.com : Même si c’est prématuré, on peut avoir une idée du bateau que tu souhaites ?
S.S. :
Pour l’instant, nous ne sommes que dans la partie études de carène afin d’essayer de les modéliser numériquement en dynamique. Juan est le seul qui a les vrais moyens d’évaluation en interne. Les autres font appel à d’autres équipes ou sous-traitent. Moi, j’ai confiance en lui, et j’ai envie de laisser place à sa créativité. On ne va pas le brider !

Simon et Rimbault Sébastien Simon et Pierre Rimbault à bord de leur Figaro. Tous deux ont fini troisièmes des championnats du monde de 420. Photo @ A. Courcoux

Voilesetvoiliers.com : Il y aura donc de nouveaux architectes lors du prochain Vendée Globe !
S.S. :
Oui, outre VPLP (Charal de Jérémie Beyou, ndlr) et Verdier bien sûr. Il y aura donc Juan K… et un quatrième selon les bruits de ponton (il semble que ce soit Sam Manuard, ndlr). Lors du dernier Vendée Globe, il n’y avait quasiment que des Verdier-VPLP pour la gagne. Ensuite, les bureaux d’études des équipes prenaient le relais pour le développement du bateau. Là, c’est Juan qui va nous accompagner jusqu’au départ. Il a vraiment envie de s’investir.

Voilesetvoiliers.com : À voir ton parcours et ta bonne étoile, tu fais un peu penser à François Gabart, non ?
S.S.
 : J’aimerais ! C’est un super modèle. C’est incroyable ce qu’il a pu faire. Tout ce qu’il touche se transforme en succès. Je ne prétends pas être aussi talentueux et doué que lui, mais nous sommes issus de la même filière. Comme lui, j’ai débuté par l’Optimist, fait du 420 (3e aux championnats du monde avec Pierre Rimbault, ndlr), et si je peux marcher sur ses traces, j’en serai plus que ravi. Mais je ne dis pas que j’y arriverai ! Il est tellement impressionnant. En même temps, sans objectif, on ne peut pas y arriver.

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