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Anniversaire

Trente ans de Tofinou, ça se fête !

Le 4 août dernier, à Saint-Martin-de-Ré, les Tofinou 7 se sont retrouvés pour une régate un peu particulière dans les eaux du pertuis breton. Pour célébrer trois décennies de travail, le chantier Latitude 46 avait convié quelques skippers de renom. Ambiance.
  • Publié le : 19/08/2017 - 00:01

TofinouDe la grisaille, mais des conditions de vent agréables qui ont à peu près épargné aux équipiers installés à l’avant du cockpit la douche dont ils sont coutumiers - car un Tofinou, au près dans le clapot, ça mouille !Photo @ Sébastien Mainguet
Rassemblement inhabituel, ce matin du 4 août, sous une petite tente installée devant le charmant bâtiment en pierre qui abrite le Yacht-Club de Saint-Martin-de-Ré. La bruine est au rendez-vous et l’on se blottit à l’intérieur. Il y a là quelques équipages de Tofinou, et parmi eux, presque autant de coureurs au large de grand talent (Lionel Lemonchois, Jean-Luc Nélias ou encore le figariste Sébastien Simon), qui vont embarquer pour une journée de régate sur le célèbre petit monotype rétais, lequel fête cette année ses trente ans… en même temps que le chantier qui le construit, puisque c’était le premier modèle, celui qui a lancé Latitude 46, en 1987.

Anniversaire TofinouA gauche Didier Mardon, le président de l’association des propriétaires de Tofinou, et à droite son équipier d’un jour, le figariste Sébastien Simon.Photo @ Sébastien Mainguet
Jusqu’ici, les skippers ne savent pas sur quel Tofinou ils vont naviguer. L’attribution se fait par tirage au sort, au moyen de deux urnes dont l’une contient le nom des bateaux et l’autre celui des navigateurs. L’ambiance est d’autant plus détendue que les joyeux lurons sont de la partie. Quand le nom de Jules Mazars (un Rochelais, ancien de la Volvo Ocean Race) est cité, son ami Jean-Luc Nélias - un des piliers de l’équipe Sodebo, qui est aussi une sorte de Laurent Baffie des plans d’eau - lâche sur un ton laconique : «pas de chance». De quoi diffuser une hilarité générale dans l’assistance. Selon les bateaux, le skipper invité se contente du rôle de tacticien, ou prend lui-même la barre. A l’arrivée, après trois manches disputées dans le petit temps et sous un ciel hélas un peu maussade, les classements habituels sont logiquement bouleversés : certains bateaux font pour une fois une apparition en tête de flotte. La sentence de Nélias ne se vérifie pas : Jules Mazars, qui connaît fort bien les eaux du pertuis, est l’un des plus efficaces.

Anniversaire TofinouTous les employés de Latitude 46 étaient réunis ce 4 août pour fêter les 30 ans du chantier qui construit les Tofinou.Photo @ DR
Idem pour Aymeric Chappellier. Architecte naval et coureur au large, ce spécialiste du mini et du Class 40 était lui aussi un local de l’étape ; et en outre il avait quelques souvenirs d’une précédente régate en Tofinou, qui sont vite remontés à la surface. Lors du dîner de clôture qui a suivi cette régate anniversaire, alors qu’il venait tout juste de remporter (quelques jours plus tôt) l’épreuve Les Sables-Horta sur son nouveau Mach 40, il nous confiait ainsi quelques trucs au sujet du Tofinou, un bateau qui bien sûr ne se mène pas comme un Class 40... «Au début, j’ai essayé de me souvenir comment ça marchait ce bateau, et puis c’est revenu assez vite : en fait, il faut comprendre que le grand safran accroché sur la quille longue peut freiner beaucoup si on le sollicite trop, et donc il faut essayer, le plus possible, de ne pas y toucher et de barrer à la grand-voile. Ça va beaucoup plus vite !»

TofinouPas de spi à bord des Tofinou. Mais un petit tangon qui permet de descendre facilement dans le lit du vent.Photo @ Sébastien Mainguet
A l’origine des Tofinou, on trouve un certain Philippe Joubert, le frère de l’architecte naval Michel Joubert. Au départ, il dirige un tout petit chantier installé à Saint-Martin-de-Ré et dont l’activité se limite à de la réparation et du gardiennage. Un beau jour, un certain Tofinou, dériveur lesté en bois long de 7 mètres et datant de 1927, arrive au chantier. Ses lignes séduisent Philippe Joubert, qui a l’idée de construire un moule autour de ce bateau qui avait été dessiné par un certain Bernard Merle et construit à l’époque dans un atelier de Saint-Martin. Le nom «Tofinou» n’a rien de rétais ou de charentais puisqu’il signifie «gens de mer» dans un dialecte africain (du Dahomey, actuel Bénin, où le capitaine Merle avait vécu).

TofinouCertains ont une manière un peu particulière de gréer le tangon…Photo @ Sébastien Mainguet
Le succès ne tarde pas. Il faut dire qu’avec sa dérive pivotante et son tirant d’eau réduit, ce dayboat est fort bien adapté aux plans d’eau charentais. Après le Tadorne qui est une sorte de gros Tofinou à cabine, Latitude 46 a continué d’étoffer la gamme à partir de 2003, avec tout d’abord un très élégant 9,50, signé Michel Joubert comme tous les modèles qui suivront. Depuis lors, les nouveaux Tofinou sont des voiliers fins et véloces, dotés d’une carène très moderne (et donc assez différents du modèle d’origine). La gamme comprend aujourd’hui une bonne demi-douzaine de modèles dont le 10.c essayé dans le dernier numéro de Voiles et Voiliers. Le navire amiral mesure pas moins de 16 mètres et on peut se l’offrir pour environ un million d’euros. En trente ans d’existence, le chantier aujourd’hui dirigé par Christian Iscovici a connu quelques vicissitudes ; il a récemment été racheté (en 2015) par le groupe Experton-Revollier (Wauquiez).