Actualité à la Hune

54 rescapés sur un tri

Neel 45, l’épatant Saint-Bernard des mers

En sortant de son chantier rochelais en 2011 son trimaran Neel 45 sur plans Joubert-Nivelt, Eric Bruneel se doutait bien qu’il allait bousculer l’univers du multicoque avec son trimaran de grande croisière capable de vitesse et d’agilité.
Cet été, avec sa femme Barbara, il a en plus prouvé la fiabilité de son voilier de moins de 14 mètres de long en recueillant à son bord 54 rescapés d’un ferry norvégien en perdition – avant de ramener ce petit monde à bon port, bousculant au passage les normes de flottabilité de son engin.
  • Publié le : 11/09/2018 - 11:58

Neel 45, l’épatant Saint-Bernard des mersSagement amarré au fond d"un fjord norvégien, rien n"indique que ce Neel 45 de la famille Bruneel vient de sauver 54 personnes.Photo @ Barbara Bruneel

Quand Barbara Bruneel vous raconte l’histoire de ce sauvetage en mer, rien dans sa voix d’ailleurs ne laisse deviner la fierté mal placée de ces fabricants arrogants qui vous vendraient des brosses à dents cassées. «Les bateaux d’Eric sont des bons bateaux, déclare-t-elle. Une fois nos 54 rescapés montés à bord, Eric a mis le cap à terre en affirmant, bien calme, que ses trimarans ne coulaient pas. Les gens l’ont cru. Moi aussi. Et il a eu raison.»

«Mayday ! Mayday !»

La scène se passe le 18 août dans un fjord norvégien où Barbara et Eric Bruneel, accompagnés de quatre équipiers, viennent de mouiller. Il est près de 20 heures. «Il faisait beau, pas de vent, la nuit était loin de tomber. Nous allions éteindre la VHF lorsqu’elle s’est mise à crépiter “Mayday ! Mayday !”»  se souvient Barbara.

«Nous avions effectivement aperçu un ferry à l’arrêt un peu plus loin dans le fjord dont une fumée étrange, bien blanche, bien épaisse, sortant de ses deux cheminées. Mais comme dans l’après-midi nous avions assisté à un spectacle de vieux steamers pas loin de là, nous ne nous étions pas étonnés. Mais ce “Mayday !” prouvait qu’il se passait quelque chose d’anormal. Nous étions les seuls dans le fjord, ça ne pouvait donc être que lui. Nous avons relevé l’ancre pour foncer vers lui, sans chercher à en savoir plus pour le moment.»

Neel 45, l’épatant Saint-Bernard des mersLa plateforme du Neel 45 s"est révélée idéale pour les 54 rescapés du ferry qui brûle en arrière-plan, à gauche du mât.Photo @ Barbara Bruneel
Par radio, le skipper apprend vite du commandant du ferry que ses machines sont en feu et que, craignant l’explosion, il décide d’évacuer ses 54 passagers. «Deux petits bateaux de pêcheurs se sont approchés au même moment, se souvient Barbara Bruneel. Il a été décidé que les rescapés seraient d’abord débarqués dans les deux canots avant d’être recueillis à notre bord.»

«Tout s’est passé dans le calme, explique encore la navigatrice. Par groupe de cinq ou six, ces rescapés sont montés à notre bord. Ils portaient tous une brassière rouge. Il n’y avait pas de panique. Il y avait des enfants, tout se passait bien. Nous savions qu’ils seraient 54 au total mais Eric nous disait calmement que ça tiendrait. Sans problème. Pour détendre tout le monde, il répétait qu’un trimaran, surtout les siens, ça ne coule jamais. Il était convaincant, personne ne paniquait.»

Sur le papier, pourtant, rien ne dit que cela devrait tenir : avec ses 13,72 mètres de long pour 8,50 de large, le Neel 45 a un déplacement lège de 6 500 kilos et un déplacement en charge maximum de 9 000 kilos. Soit une charge utile de 2 500 kilos à laquelle il faut nécessairement ôter l’avitaillement, les carburants et les liquides.

Ça a tenu !

Et quand bien même, d’ailleurs, puisque 60 personnes, tablant sur une moyenne de 70 kilos, pèseront à elles seules 4200 kilos, soit près du double déjà de la charge utile maximum autorisée. Et pourtant, ça a tenu puisque, dès l’embarquement complet des rescapés et leur répartition sur les 60 m2 de la plateforme en dur du Neel 45, qu’il s’agisse du pont ou des intérieurs, Eric Bruneel met le cap au moteur sur le port initialement visé par le ferry, à l’entrée du fjord norvégien.

Neel 45, l’épatant Saint-Bernard des mersUne bonne partie des 54 rescapés a réussi à se trouver un petit coin du cockpit du Neel 45.Photo @ Barbara Bruneel
«Le moteur était à mi-régime et nous avancions gentiment, se rappelle Barbara. Tout le monde ou presque avait pu s’asseoir. A l’arrivée, des premiers secours nous attendaient mais nous avons réussi l’accostage tout seuls, notre trimaran étant resté parfaitement manœuvrant malgré la surcharge.»

Son beau geste réalisé et les remerciements prodigués, le Neel de la famille Bruneel et ses six équipiers habituels est retourné mouiller dans son coin de fjord. «Finalement, conclut Barbara, le ferry n’a pas coulé. De retour en France, nous avons appris que l’équipage de ce bateau avait reçu une médaille de l’équivalent de notre SNSM. Ses membres la méritaient, eux aussi ont su rester très calmes.»