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VOL AUX GLENAN

Charlie Dalin : «Une dose incroyable d’adrénaline»

Charlie Dalin, champion de France Elite de course au large en solitaire en 2016, est un des navigateurs les plus talentueux de sa génération. Favori du circuit Figaro Bénéteau et en lice pour le Vendée Globe 2020, le jeune skipper natif du Havre vit désormais à Concarneau, à quelques kilomètres de sa base d’entraînement de Port-la-Forêt. Mi-mai, Charlie s’est offert une session exceptionnelle en moth à foils au milieu de l’archipel des Glénan. Les images sont époustouflantes. Il revient pour nous sur cette sortie de haut vol.
  • Publié le : 30/05/2018 - 15:30

Charlie Dalin et son MothCharlie Dalin frôlant les cailloux avec son Mach 2.Photo @ Martin Viezzer/Hocus Focus
Voilesetvoiliers.com : Que peux-tu nous dire de ce bateau, le Moth à foils ?
Charlie Dalin :
J’ai acheté mon moth. C’est un Mach 2, une classe de bateaux avec une jauge très ouverte, très simple. Mon bateau est un peu customisé. Cet hiver, j’ai notamment ajouté un petit bout-dehors, coudé la bôme et modifié le système de contrôle de vol. Mes sorties sont forcément dépendantes de mon planning de course et des conditions météo J’ai dû le sortir une dizaine de fois depuis le début de l’année. Le bateau vole à partir de 7 nœuds mais la navigation devient désagréable au-delà de 25 nœuds de vent. C’est le support idéal pour s’habituer au vol en navigation. Les bateaux flottent de moins en moins et volent de plus en plus. Naviguer sur des foils requiert de nouvelles compétences car le comportement du bateau est très différent. C’est un autre mécanisme mental pour aller vite. La notion de vitesse est très importante sur ce support qui ne fait que 4 mètres de long : au près, tu navigues à 14 nœuds mais au portant, on peut facilement monter à plus de 20 nœuds. Mon record personnel est de 27 nœuds.

Charlie Dalin et son MothVol au-dessus des bancs de sable. Des images époustouflantes tournées à Guiriden.Photo @ Martin Viezzer/Hocus Focus
Voilesetvoiliers.com : D’où vient cette idée de naviguer en Moth aux Glénan ?
C.D. : C’est en discutant au départ de la Transat AG2R La Mondiale avec Martin Viezzer, membre d’Hocus Focus, que l’idée nous est venue. Nous nous sommes tout de suite imaginé les images que cela pouvait donner entre le cadre de l’archipel et la couleur de l’eau. Puis je suis parti à la recherche d’un lieu de tournage en regardant les cartes marines, en définissant les bonnes orientations de vent et en pensant aux trajectoires que je pouvais pendre. On s’est alors mis en veille pour attendre les bonnes conditions météo qui sont finalement arrivées au milieu du mois de mai.

Charlie Dalin et son MothLe moth à foils, l'équipement, le matériel de tournage... On finit par être un peu à l'étroit sur le bateau.Photo @ Martin Viezzer/Hocus Focus
Voilesetvoiliers : Quelle est la logistique nécessaire à l’affrètement d’un moth aux Glénan, à 11 milles nautiques au large des côtes ?
C.D. : Ce n’est pas évident, c’est sûr ! Le bateau en lui-même ne pèse pas très lourd (30 kilos, ndlr) mais il prend de la place ! Il y a beaucoup de matériel, entre les foils, le mât, la bôme, la grand-voile. On a mis le moth sur le Zodiac, bien attaché, et on a embarqué le matos photo, les caméras, les caissons et le reste. Avec un tel chargement, la traversée n’a pas été très rapide ! Nous sommes arrivés sur Guiriden vers 13 heures 30. J’avais croisé les doigts pour qu’il n’y ait personne sur le petit banc de sable et c’était vraiment un moment magique d’être seul sur ce banc pour gréer le Moth. On avait la bonne lumière, le soleil et le vent qu’il fallait. C’était idéal !


Voilesetvoiliers.com : Parle-nous du tournage en tant que tel…
C.D. :
La session de tournage a commencé vers 14 heures 30. Le vent ne permettait pas de longer Guiriden donc j’ai commencé à faire des empannages en m’approchant le plus possible du banc de sable. Avec les douze nœuds de vent, je devais arriver à 17 nœuds sur le banc. A ces vitesses-là, tu parcours huit mètres par seconde mais j’empannais vraiment au dernier moment. Deux ou trois secondes plus tard, j’atterrissais sur la plage ! Mais c’était l’idée même de cette session : frôler les cailloux et les bancs de sable. Cela m’a procuré une dose incroyable d’adrénaline ! Nous sommes ensuite partis faire des bords le long de Penfret, puis je suis remonté au près pour franchir le fameux passage des Pierres noires, entre les deux cailloux. Le premier passage a été vraiment chaud, je n’avais pas envie de laisser retomber mon foil entre les deux cailloux. Sur la vidéo, on aperçoit une bande d’algue à l’entrée de ce passage. J’ai eu peur de me la prendre et de retomber du foil au mauvais moment. Il n’y a pas beaucoup de fond à cet endroit-là, cela aurait pu être catastrophique pour le bateau. On a ensuite enchaîné sur le Nord de Saint-Nicolas, avec des empannages près du sable, puis une navigation dans la Chambre en tirant des bords le long de l’île du Loch, de Fort-Cigogne et de Saint-Nicolas. Toute la zone a été quadrillée ! Le clou du spectacle a été selon moi les passages entre Bananec et Saint-Nicolas. Le premier passage était forcément le plus stressant, la rencontre des courants provoquant des remous. J’avais peur que ces turbulences sous-marines fassent retomber mon moth. Comme ça n’a pas été le cas, on a enchaîné plusieurs passages avec beaucoup d’adrénaline à chaque fois. Il y avait très peu d’eau sous le foil et l’eau était transparente.

Charlie Dalin et son MothPour emmener le moth à foils jusqu'aux Glénan, Charlie et l'équipe de tournage ont tout simplement casé l'engin de 4 mètres de long dans le Zodiac.Photo @ Martin Viezzer/Hocus Focus
Voilesetvoiliers.com : Combien de temps a duré cette session ?
C.D. :
Nous avons parcouru 30-35 milles sur les quatre heures de tournage. J’ai fait une seule pause sur l’île du Loch pour souffler un peu car c’est vraiment très physique d’enchaîner les manœuvres. Dès que tu es en vol, tu dois être hyper réactif. Cela requiert beaucoup de concentration mais c’est vraiment magique. Faire du moth aux Glénan… je m’en souviendrai !